Jean Cocteau

Translated from the French by Mary-Sherman Willis

THE SKATER

The skater launched himself onto the virgin ice, compelled to reproduce with his bladed feet the inextricable meander of a line that he carried inside himself, trapping his soul, straightjacketed as it was and under police interrogation. He would be free if he chiseled at great speed a surface from which the gash threw off shavings of snow. A masterpiece that the spectators applauded as if it were a simple acrobatic exercise. Sometimes he left behind several images of his body that would rejoin him, then precede him and invite him to join them. With crossed arms, he leaned, straightened up, sped ahead fast, turned, took off, careful never to break off his calligraphy. For an hour he inscribed his curled upstrokes and downstrokes without one error. Suddenly, in the middle of the rink and standing still, his scarecrow arms outstretched, he spun into himself, a speeding tornado, until he became translucent as a spinning propeller, with one difference: he passed through the zone of the visible and
disappeared.


LE PATINEUR

S’élança le patineur sur la piste vierge où il lui fallait reproduire avec ses pieds armés l’inextricable méandre d’une ligne qu’il portait en lui et dont rien ne délivrait son âme ligotée et interrogée par la police. Il serait libre s’il burinait à toute vitesse une surface où l’entaille projetait des copeaux de neige. Chef-d’œuvre que les tribunes applaudissaient comme un simple exercice de voltige. Parfois il laissait en arrière plusieurs images de sa personne qui le rejoignaient ensuite, le précédaient et l’invitaient à les rejoindre. Les bras croisés, il penchait, se redressait, filait, virait, repartait, attentif à ne jamais interrompre sa calligraphie. Pendant une heure il en boucla les pleins et les déliés sans commettre une faute. Soudain, au centre de la piste, et d’abord immobile, ses bras d’épouvantail étendus, il tourna sur lui-même en un cyclone accéléré jusqu’à le rendre translucide et tel qu’une hélice mais avec cette différence qu’il passa la zone du visible et
disparut.


HOPSCOTCH

Hopping, after being on his knees in the street to trace the branching chalk-lines of a game of hopscotch, he began his interminable course where the smallest mistake would sap away his power. Hopping, he thought, he calculated, his heart pounding wildly. Because he knew very well that this chalk on this pavement represented the geometrical power of invisible places whose topography he was replicating here. It would take only one misstep of the hopping man, one distraction (causing him, for instance, to place his left foot on the ground), for the primacy of the imagined terrain to become null and void. For the hopping man’s antennae to lose their effect, to become simply the hairs on his legs. The expression on his face at the anguish of losing his balance was of a man crucified, and it terrified the women in their doorways. Children were crying. Mothers rushed to bring them inside, lock the doors and cross themselves in their vestibules.

A black dog emerged from a dead end. He brushed against the man. Briefly, his left foot touched the seventh square. A cock crowed. The man lowered his face to his hands, sat down on the curb before the white ghost of his ruination.


LA MARELLE

A cloche-pied, après avoir, à genoux, tracé les lignes de craie d’une marelle qui se ramifiait dans les rues, il commença le parcours interminable où la moindre faute devait ruiner son pouvoir. A cloche-pied, il pensait, calculait et son cœur battait la chamade. Car il savait bien que cette craie sur les pavés simulait un plan d’une puissance géométrique équivalente à celle des lieux invisibles dont il reproduisait la topographie. Et il suffisait d’un faux pas de l’homme qui sautille, une distraction (qui lui ferait, par exemple, poser par terre le pied gauche) pour que les prérogatives du lieu simulé devinssent nulles et s’évaporassent. Pour que les antennes de l’homme à cloche-pied perdissent leur vertu, ne fussent que de simples poils sur les jambes. C’est l’angoisse de perdre l’équilibre qui communiquait à son visage cet air de crucifié épouvantant les femmes sur le seuil des portes. Les enfants pleuraient. Les mères les emmenaient, s’enfermaient chez elles, se signaient dans les vestibules.

Un chien noir déboucha d’une impasse. Il bouscula l’homme. Une seconde le pied gauche toucha la septième case. Alors le coq chanta. L’homme baissa la tête et, la figure dans les mains, s’assit sur une marche en face du spectre blanc de sa ruine.


THE FRENCH LANGUAGE

“You don’t really suppose I should have known it!” said the marquise with true nobility. But the young fool didn’t understand the French language well. He sniggered and accused the marquise of speaking obscenities. “Me?” That me was a masterpiece. She wore a dress of yellow percale embroidered with jet-black irises and bluebells in turquoises. The dress began at her train, winding up from the floor, around her ankles, her thighs, her rear, her belly, around her waist, and died out at her breasts. The marquise was older than her passport admitted, but beautiful in her rage against the young fool to whom she’d accorded her favors in a moment of weakness. His laugh wrecked her, wrecked the irises, bluebells, and turquoises. A tsunami, yellow and furious. “Wretch!” cried the marquise and magnificently unfastened that wave of fabric. Naked, only her pearls at her throat, she theatrically showed him the door. The young fool lowered his head and left the chateau. And so, a victim of love and the French language, the marquise collapsed into dark mottled seafoam.


LA LANGUE FRANCAISE

« Vous ne supposiez tout de même pas que je le susse! » dit la marquise avec une réelle noblesse. Mais le jeune drôle connaissait mal la langue française. Il ricana et accusa la marquise de dire des obscénités. « Moi? » Ce moi fut un chef-d’œuvre. La marquise se dressait dans une robe de percaline jaune brodée d’iris noirs en jais et de jacinthes en turquoises. Sa traîne commençait cette robe et il semblait que ses étoffes montassent du sol pour s’enrouler autour des chevilles, des cuisses, des fesses, du ventre, de la taille, et mourir au bord des seins. La marquise était moins jeune que ne l’avouait son passeport mais belle de colère en face du jeune drôle à qui elle avait eu la faiblesse d’accorder ses faveurs. Son rire la saccageait, saccageait ses iris, ses jacinthes, ses turquoises. On eut dit une grande vague furieuse et jaune. « Misérable! » s’écria la marquise et superbement elle dégrafa cette vague d’étoffes. Toute nue, n’ayant que ses perles au cou, d’un geste théâtral sa main désignait la porte. Le jeune drôle baissa la tête et quitta le château. Alors, victime de l’amour et de la langue française, la marquise s’abattit dans une sombre écume multicolore.


VIENNA

It was obvious the old gypsy at the Café Vienna, where we fetched up with the minister, was emptying himself of substance, and that substance, now visible, was winding, unwinding, twisting, knotting, unknotting itself, with the heavy suppleness of honey pouring into honey. His grief converted to soft matter, oily, thick, the consequence of invasions and ruin. Our table was an islet engulfed by this stuff. Several women, bristling like chestnut burrs with gemstones, elbows on the tablecloth, the ovals of their faces held between their hands and their eyes vague, didn’t yet feel the sticky shawls burdening their bare shoulders. The minister beat time, eyes to heaven and sunk in the goop to his thighs. Other customers, more attentive but not daring to complain, climbed on their seats. The old gypsy played on. Bare shoulders put him in brilliant form. He sobbed. He emptied himself under the frightened gaze of the accordionist and the cashier. She in her safe haven would be the last of the victims swamped by the glop turning the room into a snake pit. The gypsy alone escaped his own ruin, extracting a heart-rending cry from it. But with a fatal stroke of the bow he stopped playing. Then with astonishing speed the ooze returned to his body and emptied the room, leaving the guests stupid, posed like mannequins.


VIENNE

Il était de toute évidence que le vieux tzigane du Café de Vienne où nous échouâmes avec le ministre se vidait de sa substance et que cette substance, devenue visible, se déroulait, s’enroulait, se tordait, se nouait, se dénouait, avec la lourde agilité du miel qui coule sur du miel. Substance molle, grasse, épaisse, en quoi se changeaient ses plaintes, justifiées par des invasions et par la ruine. Notre table menaçait d’être un îlot entouré de cette pâte. Quelques dames, hérissées du rayonnement de châtaigne de leurs pierreries, les coudes sur la nappe, l’ovale du visage entre leurs mains et l’œil vague, ne sentaient pas encore les gluantes écharpes qui surchargeaient leurs épaules nues. Le ministre, le regard aux anges, battait la mesure, empâté jusqu’aux cuisses. D’autres consommateurs, plus lucides, et n’osant se plaindre, montaient sur les banquettes. Le vieux tzigane continuait. Les épaules nues le mettaient en verve. Il sanglotait. Il se vidait sous le regard effrayé de l’accordéoniste et de la caissière. La caissière, habitant comme un refuge, risquait d’être atteinte après les autres victimes de cette pâte qui faisait ressembler la salle à une fosse pleine de serpents. Seul le tzigane paraissait échapper à sa propre perte et en tirer une plainte déchirante. Mais il s’arrêta de jouer, après la glissade mortelle de l’archet sur une corde et, avec une vélocité incroyable, toute cette pâte réintégra son corps, vida la salle, laissa les convives stupides, dans des postures de mannequins.


THE ROMAN COACHMAN

Starting with the fantasy of people claiming past lives but recollecting only the famous, we suspected the coachman of the carriage taking us around Rome, given certain clues and that his route always seemed to direct his horse toward the Domus Aurea, we suspected him, as I say, trained as we are in the school of dreams where nothing is extraordinary, and, I repeat, because of certain clues and a combination of discomfitures: that of a painful discovery and that of being discovered, in brief, while the horse’s hooves and the wheels made their hearse-sounds down narrow streets full of scarlet cassocks, and because Rome took on that orangey color that distinguishes it from all other capitals, we suspected, we were certain—so certain we almost got out of the carriage—that this coachman was Nero himself, highly annoyed to recognize himself, having been recognized.


LE COCHER DE ROME

Partant de ce phantasme des personnes qui prétendent avoir déjà vécu d’autres vies et ne se souviennent que d’illustres, nous soupçonnâmes le cocher du fiacre qui nous promenait dans Rome, à certains indices et à une pente qui dirigeait toujours son cheval vers la Maison Dorée, nous le soupçonnâmes, dis-je, dressés par l’école du songe où l’extraordinaire cesse de l’être et, je le répète, à certains indices et à un mélange de gênes réciproques, celle qui accompagne une découverte pénible et celle d’être découvert, bref, pendant que les sabots du cheval et les roues faisaient leur bruit de corbillard dans des ruelles pleines de soutanes écarlates et que Rome prenait cette couleur orangée par quoi elle se distingue de toute autre capitale, nous soupçonnâmes, nous eûmes la certitude — certitude si forte que nous faillîmes descendre du fiacre — que ce cocher était Néron, extrêmement ennuyé de se reconnaître, à force d’avoir été reconnu.


WE REALLY SHOULD ENJOY OURSELVES A LITTLE

We really should enjoy ourselves a little, shouldn’t we, between the two blackouts. We should enjoy ourselves a little, away from the family picnicking in the red grasses by the side of the road. The last thing we need is to be tied to our chair like Ulysses and, like Ulysses, leave to the Devil more than his pants. We should be enjoying ourselves a little, crossing the routes that Mercury pedals, multiplied in a thousand mirrors. We should be amusing ourselves a little and stick out our tongues at death, who watches us and warns us not to get too hot or too cold. What a governess! How clingy! It’s necessary to amuse ourselves a little, to follow childhood and the fears that send it running full speed to the river. It’s the ultimate refuge from that governess hot on its heels.


IL FAUT BIEN S’AMUSER UN PEU

Il faut bien s’amuser un peu, n’est-ce pas, entre deux syncopes. Il faut bien s’amuser un peu, loin du cercle de famille qui déjeune sur l’herbe rouge au bord de la route. Il ne manquerait plus que d’être attaché à sa chaise comme Ulysse et, comme Ulysse, de laisser aux Enfers davantage que sa culotte. Il faut bien s’amuser un peu et traverser les routes où pédale Mercure, multiplié par mille miroirs. Il faut bien s’amuser un peu et tirer la langue à la mort qui nous surveille et nous recommande de ne prendre ni froid ni chaud. Quelle gouvernante! Quelle colle! Il faut bien s’amuser un peu et suivre l’enfance et les peurs qui la font courir à toutes jambes jusque dans le fleuve. C’est le seul refuge possible pour éviter la gouvernante qui lui court après.


Jean Cocteau (1889-1963) was a seminal artist, writer and filmmaker in the Parisian avant-garde between the two World Wars. Appogiatures, published in 1953, was his sixteenth book of poems.

Mary-Sherman Willis’s books of poems include Caveboy and Graffiti Calculus. Her translation of Jean Cocteau’s Grace Notes (Appogiatures) will be published in spring 2017 by The Word Works Press. www.maryshermanwillis.com

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